Hommage à Olier Mordrel

À l’occasion du 120e anniversaire de la naissance d’Olier Mordrel, nous proposons à nos lecteurs un texte de Yann-Ber Tillenon , écrit en 1985 pour la revue Diaspad, dans lequel il revient sur la vie de notre vieux maitre.

Tombe Olier Mordrel
La tombe d’Olier Mordrel.

« Olier Mordrel, président d’honneur du Cercle “Kervreizh”, est mort subitement à Treffiagat, fin octobre (1985), le jour de la réouverture officielle de notre association. 

Olier Mordrel était né à Paris en 1901, dans une famille originaire du pays de Saint Malo. 

Olier Mordrel laissera le souvenir, chez ceux qui ont connu sa nature rude de corsaire et de fils de militaire, d’un patriote breton intégral, d’un homme fort et courageux, d’un païen qui a lutté toute sa vie pour gagner difficilement son pain sans que ses obligations n’entravent ses activités de révolutionnaire intelligent, riche de rêveries, d’actions et d’aventures.

Olier Mordrel, artiste, architecte, historien, politicien, journaliste, homme d’État, était un homme complet. Il a mené une existence aventureuse de  grand militant au service de son pays. Sans son audace, on parlerait aujourd’hui de la Bretagne comme de la Picardie ou du Poitou, d’une vague région touristique.

C’est Olier Mordrel qui a posé le problème breton en termes de nation et de révolution européenne. Au-delà de toutes considérations politiques et partisanes, nous devons rendre hommage à l’homme, à celui qui, avec  ses défauts et ses qualités, ses erreurs et ses vérités,  fut toujours très représentatifs de la  mentalité bretonne et fidèle aux valeurs européennes traditionnelles.

En effet, Olier Mordrel a toujours été animé par la conception celto-païenne du monde qui rassemble les  Bretons téméraires concevant la vie comme périlleuse et aléatoire. Mordrel le téméraire ne fut pas condamné 3 fois à mort par hasard ! Il a  voulu à sa manière remettre son  peuple sur les rails de l’histoire. Par sa volonté, il releva le défi de la décadence qui menace toute l’Europe actuelle.

L’étudiant des Beaux-Arts, l’architecte de Quimper, l’exilé en Argentine et en Espagne (1946-1971) s’est toujours démarqué du nationalisme étroit et borné. Directeur du journal Breizh Atao (1919-1939), de la revue Stur (1936-1942) — où il tenta de dépasser l’idéologie nationale en  esquissant une vision impériale —, fondateur du Parti Autonomiste Breton (1931), du journal L’Heure bretonne (1940) et du Comité Central des Minorités Nationales de France (1927), il appréhende, comme tout grand Européen, sa vie comme une tragédie et non comme une comédie.

Là réside la grande différence entre la conception celto-païenne de l’histoire — où l’homme, détenteur d’un “projet” historique est conçu comme “maître de son destin”, conception qui exclut tout sens présupposé de l’histoire — et la conception judéo-chrétienne qui  soumet l’homme à une loi suprême et totalitaire, le réduisant à un point sur une ligne : l’histoire a  un sens donné, un début et une fin : tout n’est que spectacle.

Olier Mordrel, essayiste, journaliste du combat de renaissance britto-celtique  et historien, publiait régulièrement aux collections de François Beauval, sous son nom et sous le pseudonyme d’Olivier Launay.  Ainsi Les grandes découvertes du XXe siècle (1974), La civilisation des Celtes (1980), La littérature bretonne (1980), Histoire véritable de l’unité française (1982).

Écrivain de langues française et bretonne, on retrouve ses articles et poèmes dans les revues SturGalvGwalarnAl Liamm et PrederLa Bretagne réelle publie en 1966 et 1971 les 2 tomes de An nos o Skedin qui  comprennent son  journal de prisonnier et le récit de son évasion, puis : Galerie bretonne ; Le Breton projeté dans l’avenir ; L’Emsav et ses catholiques ; Dialogue celtique ; Le vent de la pampa ; Révision du nationalisme breton ; de Charte en Charte ; Vue d’ensemble et des Andes ; Vers un socialisme celtique ; Celtisme et christianisme ; la subversion chrétienne ; Révision de la politique bretonne ; Après le manifeste ; Celtisme et marxisme ; En lisant Sav-Breizh ; Le celtisme français ; Sav-Breizh  répond ; Trente ans ;  Chants d’un réprouvé (poèmes) ; Pour une nouvelle politique linguistique.

Le sentiment tragique de l’histoire a poussé Olier Mordrel à l’action. À tout moment de son existence, il opéra des choix, fit des sacrifices et fut à l’opposé des mentalités actuelles héritées du finalisme chrétien où la vie n’est pas, ne doit pas être risquée, mais est déterminée par la  sécurité, la garantie et la  préservation d’une petite vie de bourgeois consommateur, sans intensité, dans l’attente du “salut” et du bonheur final promis après une carrière de petits calculs individualistes, complètement à l’opposé de l’esprit ludique et créateur des Celtes, que l’on retrouve chez Olier Modrel comme dans toute notre mythologie et tout au long de notre histoire.

Revenu en Bretagne après 28 ans d’exil, l’ancien chef de Breizh Atao publie 3 livres importants : Breizh Atao : histoire et actualité du nationalisme breton (A. Moreau, 1973) ; La Voie bretonne : radiographie du mouvement breton (Nature et Bretagne, 1975) et L’Essence de la Bretagne (Kelenn, 1977).

Olier Mordrel restera un exemple pour l’Europe dominée par la psychologie technocratique, à une époque où peut revenir la joie de “l’activisme tragique”. En cette fin de XXe siècle et de modernité, une nouvelle montée de la volonté de puissance des Européens, donc des Bretons qui en sont le résumé, doit donner naissance à un XXIe siècle qui sera celui d’une nouvelle modernité et d’une renaissance de nos peuples par la combinaison de leur conscience historique, de leur élan vital et de la technique moderne. Ils se choisiront un destin en reprenant conscience de leur lignée et en se réappropriant leur héritage. Ils doivent, à l’exemple d’hommes comme Olier Modrel, sacrifier le présent à l’avenir et l’intérêt individuel à la communauté.

Olier Mordrel, toujours courageux, franc et lucide malgré son grand âge, gardait sa vivacité intellectuelle légendaire. En 1979, il a publié Les Hommes Dieux chez Copernic, L’Idée bretonne chez Albatros et Le Mythe de l’Hexagone chez Picollec en 1981 et, en 1983, chez Nathan, un grand album : La Bretagne et les pays bretons.

Mais Olier Mordrel est malgré cela parti trop rapidement : inlassable créateur, il laisse plusieurs  ouvrages en suspens. Le passé n’est pas à dévaluer et nous n’oublions pas les grands hommes qui sont nos pères. Ils nous inspirent un futurisme constant, nous servent de réacteur pour affronter l’avenir et nous rendre créateur de nous-mêmes dans l’histoire, c’est-à-dire démiurges.

Les Bretons historiques nous donnent un sens pour une montée en puissance collective ; le progressisme est tombé dans le show-biz et la régression passéiste ; c’est à nous, qui avons une conscience celto-européenne moderne, de produire une deuxième modernité sur la route défrichée par des hommes comme Olier Mordrel qui marche toujours à nos côtés comme un fier guerrier.

Il nous a confié un flambeau que nous devons mener jusqu’à la victoire.« 

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Yann-Ber Tillenon, Diaspad n°13, 1985.

Texte trouvé sur le site : VOULOIR (archiveseroe.eu)

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