« Question bretonne et question française », Breiz Atao à propos du 6 février 1934

« Cette soirée du 6 février restera dans la mémoire de ceux qui l’ont vécue, comme un cauchemar, comme aussi, il faut le dire, une stupeur qui n’arrive pas à se dissiper. J’ai vu, ce soir-là, ce que peuvent être la sauvagerie et la férocité de ces troupes de prétoriens grassement nourries, réparties un peu partout sur le territoire français, et, il ne faut pas l’oublier, chez nous aussi, que sont les gardes mobiles. Voilà un bel avertissement pour nous.

Nous avons eu, en 1932, l’occasion de voir ce que pouvait être la répression policière française … et ce n’étaient que de simples perquisitions, interrogatoires ou filatures. Nous sommes renseignés sur ce que serait une répression politico-militaire comme celle qui a fait ses sanglantes preuves le soir du 6 février.

J’ai vu, et je n’étais pas le seul dans ce coin-là, des gardes mobiles tirant froidement au pistolet sur des groupes de manifestants désarmés, dont le principal crime était sans doute de chanter l’hymne national de leur pays et de réclamer le nettoyage de ses institutions. Que serait-ce si des Bretons, le blanc et le noir en mains, chantant le Bro Goz venaient devant la Chambre française réclamer la reconnaissance des droits de leur pays ?

Le soir du 6 février, la France, une fois de plus, a montré au monde le spectacle de son impuissance et de sa pourriture. Nul, mieux que nous, ne comprend les patriotes français de vouloir que « La France vive dans l’honnêteté et la propreté ». Nul, plus que nous, n’approuve le geste de ces hommes, se dressant écœurés, devant un gouvernement de voleurs et d’assassins.

6 février 1934
Les manifestants face à la police

Mais eux, nous comprendront-ils jamais ?

Comprendront-ils enfin, pourquoi nous combattons de tout notre cœur, de toute notre foi patriotique, nous aussi, pour nous dégager de la boue dans laquelle, avec elle, la France entraine notre pays ? « Les voleurs, les assassins, dites vous, patriotes français, ça n’est pas la France. » D’accord, mais vous avouerez que si ça n’est pas toute la France, c’en est au moins la tête et le corps. Que le sang soit sain, possible. Mais nous finissons bien par en douter. Eh bien, que ce soit ou non, la France, peut nous importe, nous ne voulons plus le savoir, nous ne pouvons plus attendre, nous ne voulons plus entendre parler de toute cette pourriture.

Pour nous, ça n’est pas comme pour vous, une question de régime. Pour nous, c’est une question de vie ou de mort. Pour la France : que le régime change, elle restera la France, il y a bien des chances. Pour la Bretagne, écrasée, muselée, réduite en servage, elle restera aussi prisonnière sous l’un ou l’autre de vos régimes. Peu nous importe le gouvernement que vous voulez vous donner. Une chose, seule, compte pour nous : libérer la Bretagne de l’emprise étrangère, et lui donner les moyens de se développer selon ses goûts et ses aspirations raciales, qui ne sont pas et ne seront jamais les vôtres.

Aussi, que les Bretons ne se trompent pas. Qu’ils ne se laissent pas, sous le coup de la légitime émotion, à la faveur des événements sanglants du 6 février, embrigader dans les diverses ligues ou partis politiques qui tentent en ce moment de renverser le régime républicain français. Un seul régime doit être renversé chez nous : ça n’est ni la République, ni le Roi, ni l’Empereur, nous les avons vus, hélas ! à l’œuvre tous les trois (bonnet blanc ou blanc bonnet), c’est le régime français, le régime d’oppression étrangère illégale, maintenu au mépris du traité et qui depuis 1789 ne cesse de faire lentement mourir notre patrie.

En France, la situation actuelle est une question de politique intérieure. En Bretagne, c’est une question de politique étrangère. Il y a tout un abime entre les deux.

Bretons, ne vous laissez pas tromper :

« Na gwenn, na ru, breiziz hebken. »

Rejoignez nos rangs. »

Le Gouriner, pour Breiz Atao n°193 le 18 février 1934

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