« Vers un rassemblement national breton. » par Olier Mordrel

Chacun de nous doit se poser la question : savoir s’il veut poursuivre sa marotte ou libérer la Bretagne. Dans le premier cas, il restera un moulin à parole et l’emsav un merdier, dans le second il prendra les moyens pratiques d’atteindre le but, en vrai nationaliste breton. La question n’est pas de réformer la société, du moins pour l’instant, mais de refouler l’occupant. Nous imitions la France de 1975, alors qu’il faudrait imiter la France de 1944. L’heure est à la Résistance, elle est à l’union des patriotes

Résistants bretons
Demain des résistants bretons au service exclusif de la Bretagne ?

Notre division en plusieurs tendances philosophiques n’a rien d’un conflit à résoudre en priorité. Il y aura toujours une “droite” et une “gauche”, ou, pour s’exprimer avec plus de sérieux, ceux qui entendent suivre les lois naturelles des sociétés et de l’espèce humaine, et ceux qui croient que de nouvelles institutions peuvent changer le caractère de l’homme et la vie elle-même. Il y aura toujours, quoi qu’on fasse, des gros et des petits, des réalistes et des utopistes, des bons et des méchants, des pessimistes et des optimistes. La vie est faite de ces oppositions.

Quant aux prises de positions des partis politiques hexagonaux, elles ne doivent pas nous impressionner. Prenons l’exemple le plus frappant actuellement, celui du parti communiste. Des rédacteurs de feuilles bretonnes ont la naïveté de chercher avec lui des explications sur le terrain des idées. Son opposition ne vient pas de la doctrine, quoique sa doctrine soit incompatible avec nos aspirations. Le PC ne tient aucun compte de sa doctrine quand son calcul politique le commande. Nous avons connu le temps, où les communistes étaient nos alliés et ceux des Alsaciens de l’abbé Haegy. Il en était resté quelque chose dans l’amitié qui s’était ébauchée entre Jean-Marie Perrot et Marcel Cachin, secrétaire général du PCF, ou entre Pierre Guéguen, maire communiste de Concarneau et moi-même.

Communistes bretons
Dans l’entre-deux-guerres, le Parti Communiste « draguait » les autonomistes bretons

L’opposition actuelle du PCF à notre mouvement vient des impératifs de la politique soviétique qui recherche l’alliance française contre les USA, à l’image du Reich hitlérien qui sacrifiait l’emsav à son ambition de gagner l’appui de Vichy. Le PCF sait en outre qu’il perdrait l’image de marque qu’il a gagnée dans la Résistance, s’il cessait d’être le “parti des patriotes” et de brandir le drapeau tricolore. Mais que demain le vent tourne et nous cesserons d’un seul coup d’être des “facho-nazi-nacistes” pour être salués comme de valeureux combattants de la liberté. Cette comédie a déjà dépassé dans le monde sa centième représentation, depuis qu’il existe des PC. (…) L’emsav doit donc perdre l’habitude de subordonner sa ligne politique au bon vouloir de tel ou tel parti hexagonal, et de se demander très sérieusement si le moment n’est pas venu de faire (…) le rassemblement national qui manque cruellement à notre pays. Il ne s’agit pas de fonder une chapelle de plus. Les différentes tendances de l’éventail politique sont déjà amplement représentées chez nous, en fait ou virtuellement. Il s’agit de faire un faisceau des forces actuellement en jeu. Il est normal que tous les Bretons n’aient pas la même manière d’envisager la société bretonne de demain. Tous les peuples connaissent ces divergences, sans que leur existence nationale en souffre.

Révolution Hongroise
Certains peuples ont sur s’unir face à l’adversité …

Mais nous savons aussi que les efforts dispersés sur le terrain de la contestation bretonne la condamnent à l’impuissance. “Les Bretons ne seront dangereux, a dit un préfet régional, que le jour où ils seront unis”. C’est l’évidence. Sans une union tactique des différents groupes bretons sur le plan des opérations, aucune victoire n’est à envisager. L’union qui se contente d’en appeler aux bonnes intentions n’a ni sens ni réalité. L’union qui prétend obliger tout le monde à penser la même chose est irréalisable et utopique. Par contre l’union pour la défense d’intérêts communs est faisable chaque fois que ces intérêts ont été clairement circonscrits et reconnus.

Ils le seront d’autant plus facilement si la majorité des militants bretons tombe d’accord sur les principes de base de la revendication bretonne, qui peuvent, à nos yeux, se ramener à cinq :

  1. La Bretagne n’est pas une nuance de l’hexagone, qui peut se montrer satisfaite d’adapter plus ou moins à son goût les solutions unitaires adoptées par le gouvernement central pour l’ensemble de la France métropolitaine et d’Outre-mer.
  2. La Bretagne est une très ancienne nation, à qui son amoindrissement historique n’a retiré aucun de ses titres. Elle constitue par sa situation géopolitique, sa langue et sa culture, une communauté de destin. Elle doit être libre de légiférer dans tous les domaines pour son propre compte.
  3. La Bretagne souffre d’une crise de développement permanente, dont la cause essentielle est l’état de sujétition dans lequel elle est maintenue par le gouvernement français.
  4. La Bretagne souffre d’une crise de civilisation, qui est le passage brutal des formes traditionnelles de sa vie commune à celles qu’impose la priorité accordée sans contre-poids aux intérêts des grandes puissances économiques mondiales, et sans qu’elle possède les moyens de se défendre ni d’adopter les solutions qui lui conviennent.
  5. La Bretagne se reconnaît une triple appartenance : a) à la famille des peuples celtes qui relèvent de la même tradition ethnique et spirituelle qu’elle. b) à l’occident français et européen, dont elle a partagé pendant plusieurs siècles la vie commune et auquel des liens vitaux l’unissent. c) à l’Europe confédérale de demain, qui seule pourra résoudre les problèmes à l’échelle mondiale qui l’assaillent et qui seule assurera sa liberté comme nation à part entière.
Chevalier breton
Non, la Bretagne n’est pas une nuance de l’Hexagone !

Il nous semble que tous les Bretons, quelles que soient leurs tendances particulières peuvent tomber d’accord sur ces cinq points. D’autres conceptions de la question bretonne, que ne partage pas l’ensemble, ne peuvent servir de base de rassemblement.

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Olier Mordrel

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