Bilan de guerre

La guerre que nos occupants les Français avaient déclarée à l’Allemagne en 1939 est terminée. Nous, Nationalistes Bretons de BREIZ ATAO, ennemis de la France et par voie de conséquence alliés de l’Allemagne, avons été vaincus en compagnie de celle-ci. (…) La France a dont été « victorieuse ». Mais qui dit victoire ne dit pas nécessairement profit. Pour juger du succès de la France, il convient d’examiner de plus près les résultats de la bagarre passée.

Depuis 1918, la France exerçait une véritable suzeraineté sur la Pologne et autres états tchécobalkaniques. Grâce à ces satellites, elle détenait la suprématie en Europe continentale et la conserva pendant vingt ans. Dès 1938, cette suzeraineté passa à l’Allemagne en même temps que la suprématie européenne. Le ex-Alliés ne voulaient pas avaler cette pilule. Ils jugèrent utile de redéclancher la guerre. L’Allemagne y fut encore battue, mais la France ne recouvra rien de ce qu’elle avait perdu. (…) La perte confirmée de ses vassaux n’est pas la seule diminution matérielle que la France ait subie. Elle a perdu en outre une très notable part de son indépendance. Tout comme l’Allemagne et l’Italie elle s’est vue doter d’une suzeraineté américaine dont les effets, déjà sensibles en ce qui concerne tout accroissement territorial et charbonnier aux dépens de l’Allemagne vaincue, se manifesteront encore mieux dans les années à venir ; il est probable que cette vassalisation de la France influera sur l’évolution du conflit franco-breton engagé par GWENN HA DU le 7 août 1932, conflit qui n’aura de fin que par notre victoire.

(…) Perte de leur suprématie européenne, perte de leur prestige, perte de leur indépendance, émancipation accélérée de leur empire colonial, perte de leur flotte et de leur puissance militaire, destructions étendues de leurs ports et de leurs villes, appauvrissement considérable, troubles sociaux dont on n’entrevoit pas la fin, menace de guerre civile entre un parti américain et un parti russe entre lesquels achèvent de se dissoudre les restes des partis qui furent plus ou moins français, – tel est le bilan réel de la victoire française.

Si catastrophique que soit ce bilan, il ne tient cependant pas compte de tous les dommages que sa victoire a rapportés à la France :

Chose qui ne s’était pas vue depuis longtemps, les Français se divisèrent au cours du conflit. Quoique nous, Breiz Atao, soyons parmi les moins suspects de tendresse à l’égard des Français (…) il nous faut quand même convenir qu’à côté d’une vaste majorité d’assassins, de trafiquants et de pillards, les deux camps ennemis dits des « libérateurs » et des « collaborateurs » renfermèrent quelques hommes que nous avons tenu à ennemis estimables. Et la victoire du clan majoritaire sur l’autre amena une répression dont l’étendue et la férocité s’apparentent aux massacres de la Saint-Barthelemy et à la croisade contre les Albigeois. Nous ne pouvons savoir encore si l’extermination aura été complète et ne laissera pas de traces à l’intérieur de la France. En tout cas nous sommes sûrs que les méthodes d’extermination employées contre les Bretons nationalistes laisseront des traces profondes et durables.

Le sang de l’Abbé Perrot, de Bricler, de Kerhoas, de Madame du Guerny, de Christian Le Part, et de tant d’autres, le sang de nos morts au combat, de Le Deuff, de Louarn, de Laizet, de Larnicol et d’autres, le sang de nos prisonniers assassinés, de Jasson et de Geoffroy, les condamnations à mort, les années de prison et les confiscations de biens dont nous, Nationalistes Bretons de Breiz Atao, de Gwenn ha Du et soldats de la formation nationale bretonne Jean-Marie Perrot avons recueilli de beaucoup la plus grosse part, tout cela a contribué à la réalisation de notre volonté qui est de creuser le fossé entre la Bretagne et la France (…). Sur ce terrain nous avons contraint les tenants de l’unité française à accroître l’opposition franco-bretonne. (…)

Au travail ! Au travail ! N’oublions pas que les plus efficaces des arguments jadis employés contre nous furent l’immensité de la puissance française et l’absence d’une action nationale bretonne anti-française. Ces deux arguments ont éprouvé un solide choc. Si nous ne sommes pas pour grand chose dans l’ébranlement du premier, celui du second est notre œuvre à nous. Il portera ses fruits jusque dans les siècles futurs et nous avons tout lieu d’en être fiers. (…)

Nous, du Parti National Breton de Breiz Atao.

Nous, hommes de Gwenn ha Du et soldats de la formation bretonne Jean-Marie Perrot, nous sommes cette minorité que l’ont peut accuser d’avoir porté les armes contre la France ; il nous plait qu’on le dise et que l’on nous reconnaisse ce titre qui est l’honneur de notre conscience ; il est exact que nous avons voulu porter les armes contre la France ; ce fut notre but et nous l’avons atteint. S’il est vrai que la politique est l’art d’obtenir ce que l’on se propose d’atteindre, on ne peut nous contester d’avoir été de bons politiciens. Pleinement conscients d’avoir réalisé un acte qui portera ses fruits sur plusieurs siècles, nous en revendiquons hautement la propriété, elle ne nous sera d’ailleurs pas disputée par les velléitaires, pleurnicheurs et autres dégonflards qui sacrifient toute dignité au souci de ne pas être compromis. L’Irlande d’Owen Roe, de Wolfe Tone, de Casement et de Pearse nous comprendra mieux que tous autres.

D’autre part, nous sommes d’accord sur le point qu’il ne faut pas d’amnistie.

La première fois qu’il fut question d’amnistie au Conseil National Breton en 1940, l’actuel président Neven an Henaff s’éleva contre toute éventualité d’octroi d’amnistie qu’il qualifiait déjà d’injurieuse.

En 1945, Guy Vissault de Coëtlogon refuse de signer son recours en grâce et ne voulut pas « tendre la main » même au prix de sa vie.

En 1946, Jasson et ses camarades témoignèrent par leur conduite devant la pseudo-justice et le peloton d’exécution français de ce qu’ils pensaient d’une solution d’amnistie.

Notre vénéré M. Marcel Guieysse, Chef du Parti National Breton, actuellement dans les prisons françaises, a lui aussi suffisamment démontré que les Breiz Atao occupés à creuser le fosse qui protégera la Bretagne contre l’impérialisme français, n’ont aucun souci d’aucune amnistie.

(…)

Jeunes Bretons à qui votre situation n’a pas permis de vous joindre à l’acte de foi de vos aînés, écoutez les voix qui montent du fond des bagnes français, de la misère des exilés « on the run » en Bretagne, en France, en Allemagne, en Irlande, en Espagne et ailleurs, les voix de ceux qui jamais n’abandonnèrent le combat qui crient toujours

« Breiz Atao » !

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Breiz Atao, 1947

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