« Révolution contre l’État », Yann Fouéré

Nous proposons à nos lecteurs un article d’une criante actualité, écrit par Yann Fouéré en décembre 1943. Il y dénonce l’étatisme et la centralisation qui rongeait et ronge encore la France aujourd’hui. « La Révolution qu’il nous faut aujourd’hui accomplir, c’est une Révolution contre l’Etat. ».

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Devant l’envahissement croissant de l’étatisme qui menace de submerger toutes les activités politiques, administratives, économiques et sociales, les corporatistes, les régionalistes et les fédéralistes ont quelque courage à continuer de mener le combat. Ils le font cependant, car ils sont convaincus d’être dans le vrai lorsqu’ils persistent à affirmer que la Révolution qu’il nous faut aujourd’hui accomplir, la seule qui permettra à la liberté de ne pas mourir tout à fait, c’est une Révolution contre l’Etat.

L’on s’apercevra un jour que les forces de réaction qui s’opposent aujourd’hui à l’établissement d’un régime de libre association des forces professionnelles et des communautés provinciales et communales, sont la concentration capitaliste et la centralisation politique, deux systèmes qui marchent de pair pour opprimer l’homme et le réduire au rang d’un esclave et d’un automate au service de l’Etat-dieu ou de l’Argent-Roi.

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Cette vérité nous apparaît clairement à la lecture du livre que Jacques Bourgeat a consacré à Proud’hon, père du socialisme français et qui a pour excellente conséquence de nous faire réfléchir une fois de plus aux étonnants enseignements de J.-J Proud’hon. Cet homme, terreur de la bourgeoisie, dont on a surtout retenu, bien à tort, le fameux essai « La propriété c’est le vol », avait, sur l’organisation économique et politique des sociétés humaines, des conceptions véritablement prophétiques. Il avait déjà aperçu, il y a près de cent ans, que le plus grand danger qu’il allait menacer l’homme était son absorption complète par la société. De toutes ses forces il s’élevait contre cette conception.

Il s’était rendu compte que cette oppression de l’homme était préparée, sur le plan économique par la concentration de l’économie aux mains des grandes sociétés capitalistes ou de l’Etat, sur le plan politique par la centralisation envahissante qui dépouillait les groupes sociaux secondaires de leurs attributions. Il savait aussi que cette évolution ne tenait pas au régime, qu’elle se poursuivait aussi bien sous les démocrates impériales, les monarchies constitutionnelles, les républiques unitaires qu’elles soient démocratiques ou non. Il professait qu’il n’y avait de vraie république que fédérative c’est-à-dire divisée en communes, corporations et provinces autonomes, s’administrant elles-mêmes en dehors de toute ingérence de l’Etat. Car une république qui « devient unitaire, disait-il, serait sur la route du despotisme. ».

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Ainsi, en a-t-il été de la France. Et la tendance est malheureusement loin d’être renversée en dépit des espoirs que l’on avait pu concevoir au lendemain de la plus grande défaite que la France ait connue : « Ce n’est pas seulement, s’écrirait Proud’hon, entre sept ou huit élus issus d’une majorité parlementaire et critiqués par une minorité imposante – ni encore moins, ajouterons-nous, entre sept ou huit ministres, désignés et choisis par le pouvoir – que doit être partagé le gouvernement du pays, c’est entre les provinces et les communes ; faute de quoi la vie politique abandonne les extrémités pour le centre et le marasme gagne la nation devenue hydrocéphale. »

Nous sommes malheureusement loin des enseignements de Proud’hon auxquels il faudra pourtant revenir. Hubert Lagardelle, fervent disciple de Proud’hon, ministre du Travail vient d’être contraint de donner sa démission parce qu’il a voulu appliquer trop loyalement les principes syndicalistes de son maître, dans l’élaboration du nouveau régime social dont la France a besoin. Et la centralisation administrative et politique gagne chaque jour un peu plus… Proud’hon avait pourtant raison de dire que le XXe siècle devait ouvrir l’ère des fédérations ou qu’il ne serait pas. Mais Vichy, qui vit sur une autre planète, est bien loin de Proud’hon…

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Yann Fouéré, décembre 1943

2 réflexions sur “« Révolution contre l’État », Yann Fouéré

  1. Que les corporations rénovées et provinces autonomes s’administrent en dehors de toute ingérence de l’Etat, c’est là un idéal professé de tous temps par les fédéralistes et régionalistes. Mais, pour être réalisable, une telle organisation politico-économique requiert tout d’abord un Etat pleinement souverain. C’est-à-dire un Etat fort et hiérarchisé qui ne soit plus le jouet des lobbies financiers, occultes et cosmopolites. Et que le Peuple soit libéré du conditionnement idéologique subversif imposé par ces sangsues. D’où la nécessaire refonte de l’ordre sociétal actuel, que seuls les Nationalistes ont la volonté et la capacité de mettre en œuvre.
    Dans le cas contraire, rien ne distinguerait la Bretagne de l’Hexagone, si ce n’est de voir flotter le Gwenn-ha-Du au-dessus de nos institutions bretonnes restaurées. Une bien piètre satisfaction !

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