« Nantes, clé de la Bretagne » par Aldrig a Naoned (1947)

Nantes est la clé de la Bretagne. C’est la méconnaissance d’un tel fait qui a été l’une des principales causes des malheurs du pays et qui sera une des plus grandes raisons des échecs du Mouvement breton.

Nos ennemis, eux, savent bien à quoi s’en tenir. Leur plus grande victoire, maintenant comme autrefois, c’est non pas d’avoir détaché le Pays Nantais de son milieu naturel, mais c’est d’avoir convaincu des Bretons, des Rennais, et même plus fort, des Nantais, que ce pays n’a rien à voir avec la péninsule.

Le plus beau tour de « passe-passe » qui ait permis d’en arriver là c’est la concentration de tous les pouvoirs à Rennes, comme première base du régime d’autonomie, alors qu’aucune tradition de la Bretagne indépendante ne le justifiait.

Le succès de cette politique séculaire de la France, à l’égard de notre pays, est tel qu’il a créé dans les générations actuelles des habitudes d’esprit qui semblent même enracinées dans les tenants les plus dynamiques de notre relèvement.

Cependant, essayons, une fois de plus, de chasser, voulez-vous, ces nouveaux préjugés qui endorment notre MEFIANCE, et ouvrons bien les yeux résolument, pour ce problème parmi tant d’autres.

Prenons notre livre d’Histoire. Nous ne pouvons rester sans être frappé de l’extraordinaire rôle que Nantes a joué dans le passé. Et que, peut-être, par la force des choses, le sang nantais a coulé plus que tout autre, pour défendre la petite Patrie.

Si Nantes a toujours été la position-clé que tout ennemi a pris comme objectif, c’est que la ville commande le seul passage naturel de pénétration en Bretagne : la vallée de la Loire. L’examen de la carte nous convaincra davantage. Aux autres points de la frontière historique, il n’y a rien d’aussi praticable. On peut même dire que le Couesnon, les nombreuses forêts et aussi, paraît-il, le plan axial des anticlinaux, ont été extrêmement rebutants.

Donc, la ville de Nantes prise, c’est la porte ouverte, pour une marche vers l’embouchure de la Vilaine, Vannes, Auray et les régions de l’intérieur.

Il n’y a rien d’étonnant, dans ces conditions, à ce que les premiers Bretons insulaires se soient assurés la Loire, selon la thèse solide de mon ami Kalondan. Ils y auraient formé une puissante confédération, dont le plus illustre chef aurait été le fameux Biothime, dont parle Sidonie Apollinaire.

La puissance de cette confédération aurait été par la suite contre-battue par le fort noyau de Gallo-Romains qui s’y trouvaient déjà en vertu des mêmes lois naturelles et des mêmes intérêts. Cette situation instable aurait permis aux Francs de prendre le pays Nantais, de limiter ainsi la force d’expansion de l’émigration bretonne en Armorique, de tenir, somme toute, la position principale de la nouvelle entité géo-politique et de menacer constamment son flanc.

Nominoë se chargea bien de clarifier la situation. Quand il eut gagné la bataille de Ballon, il savait bien qu’il ne pouvait en rester là. La question du Pays Nantais était à régler, non seulement comme condition géographique d’un tout, nécessaire à la viabilité de la nouvelle Nation celtique, mais aussi parce que cet espace appartenait, comme et même avant le reste, et dans les mêmes conditions, aux émigrés bretons qui avaient été brusquement séparés de leurs frères.

Il y eut mieux. Pour s’assurer contre le plus ou moins de faiblesse stratégique de la vallée inférieure de la Loire, Nominoë conquit des marches constituées par l’Anjou, le Poitou et plus loin… dont bénéficièrent Erispoë et Salomon.

Par la suite, la longue oppression des Normands, la libération de leur joug, les luttes interminables des Maisons de Rennes et de Nantes, la guerre de Succession, les combats désespérés de François II et d’Anne de Bretagne pour ne parler que des périodes les plus importantes de l’Histoire illustrent cette thèse sur l’importance de la Loire et de sa position-clé : Nantes.

En résumé, Chateaubriant, Ancenis, Champtoceaux, Clisson firent leur devoir de forteresses-frontières, mais elles furent souvent débordées. C’est pour cela que Nantes, tantôt menacée, tantôt assiégée, tantôt prise, tantôt délivrée, fut de toutes les guerres, de tous les assauts. Si elle cédait et après elle, Blain, Derval, Pontchateau, etc… on voyait l’ultime espoir des Bretons se fixer sur la Vilaine, quand ils ne demandaient pas à Questembert et Vannes d’opposer une dernière résistance.

L’envie de donner des précisions particulièrement épiques sur cette question, ne me manque pas. Mais il faut me limiter ; cet exposé n’a pas l’importance d’une thèse que je compte d’ailleurs mettre au point en d’autres lieux. Ceux qui me lisent voudront bien faire l’effort personnel nécessaire.

Nous envisagerons par la suite le rôle de Nantes dans le domaine de l’économie, de l’art, des idées et de l’histoire politique. Et après une re-justification sur l’authenticité bretonne de Nantes et du Pays Nantais, nous en tirerons les conclusions nécessaires avant de demander qu’une politique bretonne s’oriente plus résolument vers ce centre vital d’énergies qui, à toutes époques de l’Indépendance et de l’Autonomie, a tenu farouchement. Car, si Nantes a été le principal point d’appui d’une offensive toujours progressante du monde latin, il faut, qu’en retour, elle soit, de même, le principal point d’appui d’une contre-offensive bretonne. Sinon, le pays Nantais sera perdu et il perdra la Bretagne avec lui. Puisse l’appel des patriotes nantais être entendu !

Aldrig a Naoned.

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