« La vie d’un grand serviteur de la Foi et de la Bretagne » par l’Heure Bretonne (1943)

« Dimanche 12 décembre, aux environs de midi, un inconnu, âgé d’une trentaine d’années, a assailli M. l’Abbé Perrot, recteur de Scrignac, qui rentrait à son presbytère après avoir célébré la grand’messe à la chapelle de Koat-Keo. Atteint de deux balles à la tête, M. l’Abbé Perrot expira sept heures plus tard sans avoir repris connaissance.

Il était né à Plouarzël, sur la côte occidentale du Léon, le 3 décembre 1877. Ordonné prêtre le 25 juillet 1903, il avait été nommé vicaire à Saint-Vougay, en 1904, puis vicaire à Plouguerneau et enfin recteur de Scrignac, en 1930. Depuis treize années, il assumait la lourde charge de la direction spirituelle de cette paroisse.

Lorsqu’il était vicaire à Saint-Vougay, M. l’Abbé Perrot avait fondé, le 12 septembre 1905, avec l’appui du comte Albert de Mun, député du Finistère, du comte Charles de Coatgoureden et du comte Gaston de Kermenguy, une organisation catholique et culturelle bretonne, sous le nom de « Bleun Brug » (Fleurs de Bruyère), dans le cadre magnifique du château de Kerjean.

Quelques mois auparavant, cet événement avait été précédé par la représentation de la pièce de théâtre « Alanig al Louarn », donnée dans la cour d’honneur du château, le 7 mars 1905. Cette pièce marquait la naissance du théâtre du « Bleun Brug » qui a connu depuis, et jusqu’à la guerre, de beaux succès populaires.

Depuis trente-huit ans, le « Bleun Brug » a poursuivi dans toute la Bretagne un travail fécond. Dans « Bretons d’aujourd’hui », M. l’Abbé Perrot en a défini, lui-même, les principes, en 1936 : « Les membres du Bleun Brug s’engagent à défendre nos plus essentielles traditions bretonnes, à en maintenir l’usage et à soutenir, de toute leur influence, le renouveau littéraire de la langue bretonne, élément le plus vivace de notre nationalité, et à revendiquer pour la Bretagne le plein exercice de ses droits, en matière culturelle et linguistique, notamment en matière d’enseignement. Ils veulent faire une œuvre constructive dans la concorde et la clarté. Catholiques sans épithète, ils ont dessein de servir l’Eglise comme elle désire être servie, Bretons, ils veulent sauver l’âme de la Bretagne, œuvre millénaire des Saints. »

L’action du « Bleun Brug » se manifestait, notamment, par l’organisation de concours et d’examens de langue bretonne, par la publication d’ouvrages et de revues en breton, par des conférences, des expositions, des concours de chants et d’éloquence en breton, qui se tenaient lors des Congrès annuels de chaque été. Ces Congrès connaissaient une incontestable faveur populaire, dans quelques villes ou bourgs de Bretagne qu’ils se tinrent. Parmi ceux qui ont le plus marqué, citons celui de Quimper, en 1924, celui de Douarnenez, en 1929, et surtout les fêtes organisées à Plougastel-Daoulas, en 1937, pour célébrer le Millénaire de la Résurrection de la Bretagne. Le dernier Congrès du « Bleun Brug » s’est tenu à Tréguier, en 1942.

Homme d’action, M. l’Abbé Perrot était aussi un remarquable écrivain breton, auteur d’une Vie des Saints, de plusieurs pièces de théâtre et de nombreux articles de doctrine, d’études et de propagande. Ceux-ci ont été publiés surtout par la revue « Feiz ha Breiz » (Foi et Bretagne), fondée en 1864, et dont l’Abbé Perrot dirigeait les destinées bien avant la première guerre mondiale.

Encore plus qu’écrivain, M. l’Abbé Perrot était un incomparable orateur breton. Ceux qui ont eu le bonheur de l’entendre, dans les ruines de l’Abbaye de Landevenec, en 1935, par exemple, n’oublieront jamais la voix chaude et ardente de cet homme que soulevait le souffle puissant d’une éloquence naturelle. Le 11 octobre 1942, M. l’Abbé Perrot prononça une vibrante allocution, dans la cathédrale de Rennes, à l’occasion du 40e anniversaire de présidence du marquis Régis de l’Estourbeillon.

Quelques jours plus tard, il fut nommé, par le Préfet Régional de Rennes, membre du Comité Consultatif de Bretagne, où il représentait le « Bleun Brug » qu’il avait fondé.

Après quarante ans de labeur ininterrompu au service de sa foi et de son pays, M. l’Abbé Jean-Marie Perrot disparaît tragiquement, victime de la haine aveugle qui depuis quatre ans se déchaîne sur le Monde.

Mais l’œuvre de l’Abbé Perrot, elle, ne disparaîtra jamais.« 

L’Heure Bretonne, 19 décembre 1943

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