« Alain Barbetorte, le libérateur » par René Daniel (1944)

Depuis le pillage de Nantes en 843, les Normands avançaient en Bretagne. Aussitôt que les seigneurs rivaux entrent en lutte, les bandes s’élancent, pillent et commencent à s’installer. Elles se tiennent tranquilles sous le règne d’Alain Ier Le Grand (888-907), mais reparaissent aussitôt après sa mort. Dès 914, les moines de Landévennec s’enfuient à Montreuil-sur-Mer avec les reliques de Saint Guénolé. À partir de 919 l’exode est général : nobles, moines, quiconque à la possibilité de partir, s’évade. Beaucoup de ceux qui restèrent furent massacrés. La légende affirme que la ville de Nantes demeura déserte pendant de longues années au point qu’elle fut couverte de ronces et de buissons.

Jean, abbé de Landévennec, quitte Montreuil-sur-Mer et se rend secrètement en Bretagne. Il apprend que la discipline des Normands devient mauvaise, qu’ils sont divisés. Il incite l’héritier de Bretagne, Alain, à quitter l’Angleterre où il avait été élevé et à venir délivrer son pays. Petit-fils d’Alain le Grand, Alain, à qui l’Histoire donne le curieux surnom de Barbetorte, avait une réputation de force et de courage. Chasseur infatigable et téméraire, il tuait, dit la légende, ours et sangliers à coup de grosses branches arrachés aux arbres. Il arme une flotille, en 936, franchit la mer et débarque près de Dol. Il extermine des Normands surpris au milieu d’une noce. Il se précipite à l’embouchure du Trieux et taille en pièce une troupe à Plourivo. L’enthousiasme exalte les Bretons qui accourent de tous côtés. Ceux qui avaient survécu à l’occupation reprennent courage et rallient l’armée d’Alain. De l’exil, les guerriers viennent à l’aide et les Normands sont bousculés à Nantes. Une dernière bande est battue à Trans, près du Couesnon, le 1er août 939. Ce jour est proclamé fête nationale : on décida que le 1er août serait célébré « par la gent de Bretagne par toutes les générations, parce que de là en après commença derechef la Bretagne à être habitée par ses natifs et Bretons user des lois de leurs ayeux ».

Alain Barbetorte répara de son mieux les maux de l’invasion. Il mérita le beau titre de « Libérateur ».

René Daniel, An Eost, 1944

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