« Histoire de l’Arménie, de l’Antiquité au Moyen Âge » (I), par Henry Vlcek

I. L’Arménie dans l’Antiquité

L’Arménie (en arménien HAÏASTAN) est une région de l’Asie occidentale. (…) Les Arméniens, de race aryenne, forment la branche arménienne de ladite race aryenne. La langue arménienne qui est une langue aryenne a emprunté de nombreux mots à l’iranien (les terminaisons en « ian »), au grec, et à l’ancienne langue des Ourartiens. L’alphabet arménien fut créé par Mesrop en 404.

Mesrop, inventeur de l’alphabet arménien en 404.

Au point de vue religieux les Arméniens sont en majorité orthodoxes monophysites (appelés aussi grégoriens), catholiques et protestants. (…)

Avant l’arrivée des Arméniens, l’Arménie était habitée par les Khaldes ou Khaldis, d’origine non sémitique et non aryenne. Les Khaldes formèrent le royaume d’Ourartou dont la capitale fut Van et qui s’étendait sur la totalité de l’Arménie actuelle. L’Ourartou résista victorieusement à l’Assyrie. Grâce à cette résistance, l’Arménie ne fut jamais sémitisée.

Les Arméniens vinrent des Balkans en Anatolie en compagnie des Phrygiens. Ils occupèrent l’Ourartou vers le VII-VIe siècle avant J.C. Ils assimilèrent les Ourartiens et changèrent le nom d’Ourartou en Haïastan, le mot Arménie étant à l’origine un mot d’origine sémitique (araméenne). Vers -590 à -559 l’Arménie fut soumise aux Mèdes, puis aux Perses en -521. Ces derniers firent de l’Arménie une satrapie. Après la conquête de l’empire perse par Alexandre le Grand, l’Arménie devint indépendante de -322 à -215 sous le roi Orontès Ier. De -215 à -190 l’Arménie fut conquise par les Séleucides. Antiochus III divisa l’Arménie en 2 parties ayant chacun à leur tête un gouverneur : Artaxias en Grande Arménie, Zariadrès en Petite Arménie. Vers -190, à la suite de la défaite d’Antiochus à Magnésie, Artaxias ainsi que Zariadrès se proclamèrent indépendants. Artaxias fonda la première dynastie nationale qui règne jusqu’à l’an 2 de notre ère. L’Arménie atteint son apogée sous le règne de Tigrane II qui régna de -95 à -56.

Tigrane II, roi de l’Arménie de 95 à 55 avant J.C.

Il conquit la Médie Atropatène (l’actuel Azerbaïdjan persan), la Cordyène, l’Osrhoène (Ourfa), l’Adiabène, l’Albanie orientale (actuel Azerbaïdjan russe), l’Ibérie (Géorgie), puis la Cilicie (qui fut alors pour la première fois occupée par les Arméniens) et la Syrie. Ayant pris parti pour Mithridate contre les Romains, il dut lutter contre Lucullus qui prit sa capitale Tigranocerte en -69, puis il fut vaincu par Pompée en -66.

L’Empire de Tigrane II

Le règne de Tiridate Ier (53 à 100 de notre ère) vit monter sur le trône d’Arménie la dynastie des Arsacides d’origine parthe, la première dynastie, celle d’Artaxias, s’étant éteinte en l’an 2 de notre ère. Tiridate Ier fut vaincu par le général romain Corbulon, mais fut reconnu par l’empereur Néron. À partir de ce moment, l’Arménie devint un protectorat romain. Trajan annexa l’Arménie de 114 à 117, mais après sa mort le statut antérieur fut rétabli. La religion des Arméniens s’apparentait à celle des Perses. Parmi leurs divinités il faut citer le dieu Vahakn et la déesse Anahide. Le christianisme pénétra en Arménie avec les apôtres Barthélémy et Thadée, mais la véritable christianisation fut faite par St Grégoire l’Illuminateur sous Tiridate III.

Saint Grégoire l’Illuminateur (257-331)

L’Arménie devint officiellement chrétienne en 288 suivant les uns, en 301 suivant les autres. Au IVe siècle, l’Arménie fut un enjeu entre les Perses Sassanides et les Romains. En 390 l’Arménie fut partagée sous le règne de Théodose II entre Perses et Romains. Ces derniers gardèrent les régions d’Erzéroum et d’Erzindjan, tandis que les Perses annexaient la majeure partie de l’Arménie qui fut totalement reprise par l’empire romain d’Orient (byzantin) sous Heraclius Ier en 630. La dynastie des Arsacides fut détrônée par les Perses en 428. C’est en 404 que l’alphabet arménien fut créé par Mesrop.

II. L’Arménie au Moyen-Âge.

Les Sassanides persécutèrent au début les Arméniens et voulurent les convertir au mazdéisme ; ils persécutèrent la religion chrétienne. Les Arméniens se soulevèrent et le 26 mai 451 eut lieu la bataille d’Avaraïr contre les Perses. Bien qu’ils fussent écrasés et que leur héros national Vartan Mamikonian eut péri, les Arméniens se virent au moins confirmer la liberté de professer le christianisme.

Vartan Mamikonian, grand héros arménien de la lutte contre les Perses au Ve siècle.

N’étant pas présents au congrès de Chalcédoine (451) à cause de leur révolte contre les Perses, les Arméniens n’en adoptèrent pas les conclusions et rompirent avec Byzance et Rome en 491. Ils restèrent monophysites (appelés aussi grégoriens ou orthodoxes monophysites). Cette rupture religieuse dure encore de nos jours.

Les Arabes conquirent l’Arménie sur les Byzantins en 654 et la gardèrent avec quelques interruptions (Byzance réoccupa en effet plusieurs fois l’Arménie) jusqu’en 859. Ils persécutèrent les Arméniens pour leur christianisme et voulurent les sémitiser, ce qui entraîna plusieurs révoltes. En 862, Achot Bagratouni devint roi. Il fonda la dynastie des Bagratides et restaura l’indépendance capitale. Mais l’Arménie indépendante se divisa très tôt en 2, puis 7 royaumes ; le premier de ceux-ci fut celui de Vaspourakan (région de Van) fondé en 908 ; les autres furent ceux de Kars, Lori, Siounie, etc.

L’Arménie vers l’an mille.

Les Byzantins annexèrent le Vaspourakan en 1021. Sous Konstantin Monomaque la capitale Ani fut prise et la dynastie des Bagratides fut détrônée dans la personne de Gaghik II. Son royaume fut annexé à Byzance en 1045, celui de Kars en 1064. À l’exception de la Siounie, toute l’Arménie était désormais byzantine. Cette annexion byzantine eut des conséquences graves pour l’Arménie. Tout d’abord, Byzance était en pleine décadence et fut incapable de défendre l’Arménie contre l’invasion touranienne (turque) qui commençait à déferler sur l’Arménie. Ensuite les Byzantins voulurent amener les Arméniens à devenir orthodoxes. Le résultat de cette politique rendit impossible la formation d’un front commun contre les Turcs Seldjoukides. Ceux-ci s’emparèrent d’Ani et de Kars en 1064 et y commirent des exterminations effroyables. En 1071, le sultan Alp Arslan battit l’empereur romain Diogène à Manzikert. Cette victoire lui permit de conquérir toute l’Arménie.

La bataille de Manzikert en 1071.

Après la bataille de Manzikert, devant les exterminations massives opérées par les Turcs, la majeure partie de la population arménienne émigra. La majeure partie des émigrés se dirigea vers l’Europe, mais une importante partie se dirigea vers la Cilicie où le prince Rouben Ier fonda en 1080 la principauté arménienne de Cilicie, appelée par les Croisés Petite Arménie. La présence d’un état à la fois aryen et chrétien au milieu des populations turques et arabes (musulmans et chrétiens) fut une aide précieuse pour les Croisés. À cause du service qu’ils rendirent aux Croisés, les Arméniens virent leur principauté élevée au rang de royaume en 1199. Le 6 janvier 1199, Léon II fut couronné roi.

Léon II, roi d’Arménie au début du XIIIe siècle.

Cette Nouvelle Arménie ou Arménie Cilicienne se maintient jusqu’en 1375, date où les Mamelouks prirent Sis et mirent fin à l’indépendance arménienne. Quant à la Grande Arménie, elle passa du joug turc sous le joug mongol en 1243, puis fut ravagée par Tamerlan à la fin du XIVe siècle. Elle ne fut délivrée des Touraniens qu’en 1472 par le schah Ismaël Ier qui l’annexa à la Perse.

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Henry Vlcek, dans la Bretagne réelle, 1972

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